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PROGRAMME TUJENGE AMANI! PHASE III

DIALOGUE SOCIAL  ET ACCUEIL SOLENNEL  DES DEMOBILISES DANS LA COMMUNAUTE A BUNYAKIRI

Table des matières 2

  1. CONTEXTE. 3
  2. METHODOLOGIE ET PARTICIPANTS. 4
  3. DU DEROULEMENT DES ECHANGES ENTRE LES REPRESENTANTS DEMOBILISES ET LES DELEGUES DES VICTIMES. 4
  4. DES RESULTATS DU DIALOGUE. 6
  5. DIFFICULTES RENCONTREES. 8
  6. DES CONSTATS EMERGENTS ET RISQUES. 8
  7. CONCLUSION. 9

1. CONTEXTE

Le dialogue social organisé à Bunyakiri du 13 au 14 mars 2018 s’inscrit  dans le Programme Tujenge Amani mis en œuvre depuis 2013 par l’ONG « Action pour la Paix et la Concorde (APC) » avec l’appui du Département Fédéral des Affaires Etrangères Suisse (DFAE) à travers son Ambassade à Kinshasa. Ce programme vise, à travers la stratégie de dialogue social, à promouvoir la stabilisation des zones affectées par les conflits communautaires violents au travers l’engagement et le soutien des acteurs locaux, nationaux et internationaux. Le dialogue social est considéré  comme  un outil  efficace de réduction des violences liées aux conflits armés  dans les territoires de Kalehe et Shabunda au Sud-Kivu et dans celui de  Walikale au Nord-Kivu.Etant en lien avec  le processus d’appui au programme de  stabilisation de l’Est de la RDC (STAREC), ce programme est exécuté  en partenariat avec les autorités étatiques au niveau territorial et provincial. Il  bénéficie également de la  collaboration avec  la MONUSCO à travers les sections de l’unité d’appui à la stabilisation (SSU) et de démobilisation, désarmement et réinsertion (DDR) et ce, en termes d’appui logistique (transport par hélicoptère), de réflexions stratégiques et d’un projet pilote pour la réinsertion des ex-combattants dans la communauté. L’organisation de ce dialogue du pardon et d’accueil solennel des démobilisés à Bunyakiri est le fruit de ce partenariat.Le  rapport d’évaluation d’impact du Programme Tujenge Amani ! de  novembre 2017  fait mention des résultats suivants :  le désengagement moral et logistique des leaders et  des communautés des groupes armés ; les membres des communautés reconnaissent  de plus en plus la nécessité des services de l’Etat ; la restauration progressive de la confiance entre les services étatiques et la population dans la perspective de consolidation de la paix ; plus de 1570 combattants ont quitté les groupes armés dans les territoires de Kalehe et de Shabunda parmi lesquels plus 200 ont suivi le programme national de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (PNDDR) dans les centres de regroupement et de formation à Kamina et à Kitona, et d’autres combattants ont réintégré leur vie civile et enregistrés par les autorités locales.Au cours de différents dialogues sociaux et des  rencontres organisés en collaboration avec   la MONUSCO Bukavu,  le pardon collectif, la  réconciliation et l’accueil des démobilisés ont été jugés comme  une étape fondamentale pour la réinsertion des démobilisés dans la communauté. D’où la nécessité pour  le Programme Tujenge Amani ! en concertation avec les démobilisés, les autorités locales et les membres des noyaux et CDM Tujenge Amani !  d’organiser le dialogue du pardon-réconciliation et une cérémonie solennelle  d’accueil des démobilisés par les autorités provinciales, les chefs coutumiers et les leaders des communautés à Bunyakiri.   

2. METHODOLOGIE ET PARTICIPANTS

La méthodologie de ce processus a connu deux moments complémentaires : la phase préparatoire et la phase opérationnelle.
  1. La phase préparatoire : Des contacts et réunions préparatoires avec des acteurs clés ainsi que des échanges entre parties prenantes ont eu lieu.  Il en est de même de  la préparation des outils méthodologiques.
  2. La phase opérationnelle : l’opérationnalisation a connu deux étapes à savoir  le dialogue pour le  pardon entre les  délégués des démobilisés le  premier jour et la cérémonie solennelle  d’accueil  des démobilisés dans la communauté représentée par  les chefs coutumiers et les leaders des communautés, le second jour. Pour une appropriation institutionnelle de ces processus,  le Gouverneur de province a pris acte de ce pardon,  et a accueilli les démobilisés. .  Ainsi,  à cœur ouvert entre participants la demande du pardon, l’acceptation de ce pardon et l’accueil des démobilisés dans la communauté ont constitué les moments clés de ce dialogue social.
Les échanges ont été ponctués par la  projection du film documentaire Tujenge Amani Kalehe-Shabunda.,
En ce qui concerne les participants, le dialogue du premier jour  a réuni 90 acteurs dont 37 femmes. Le second jour, il a été noté une présence  massive des  milliers de personnes venues participer aux cérémonies de pardon et d’accueil des démobilisés. En plus de cette représentation des communautés bénéficiaires, les personnalités et délégations suivantes ont également participé auxdites cérémonies : son excellence le vice-gouverneur de la province du Sud Kivu,  son excellence Mme l’Ambassadeur de la Suisse en R. D . Congo, madame le conseiller et responsable  de la division de la sécurité humaine au sein de cette ambassade, des honorables députés et des  ministres provinciaux, des autorités coutumières, les délégués de la mission des Nations Unies pour la stabilisation du Congo (MONUSCO), les délégués du STAREC,  les membres du conseil local de sécurité de Bunyakiri (PNC, FARDC, ANR, DGM).

3. DU DEROULEMENT DES ECHANGES ENTRE LES REPRESENTANTS DEMOBILISES ET LES DELEGUES DES  VICTIMES.

Pendant le dialogue, il s’est dégagé deux tendances : celle des démobilisés tendant, d’une part,  à justifier leur appartenance aux Rai Mutomboki pour chasser les FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), et d’autre part, à revendiquer la reconnaissance de leur travail  libérateur contre les exactions et l’otage par les  FDLR ; celle des victimes tendant à exiger de sanctions et de réparations de la part des RM, et ce, en faisant des récits des faits d’exactions, de tueries, de pillages subits.   
En effet, les démobilisés en majorité constitués d’hommes, ont insisté sur les raisons d’«intérêts communautaires » de leur adhésion aux RM. Ils ont reconnu les efforts que certains membres des communautés ont fournis en les sensibilisant à travers le programme Tujenge Amani, à quitter les GA. Au cours des échanges, ils ne cessaient de demander pardon pour toutes les formes d’exactions commises à l’encontre des  communautés, et de  jurer  de ne plus retourner dans les GA.
Quant aux victimes, en majorité constituées des femmes, elles sont revenu sur les conséquences des exactions commises par les RM. De ce fait, les victimes ont souhaité que les démobilisés réparent les  préjudices commis avant d’être pardonnés car, selon elles, ces derniers n’ont pas seulement endeuillé les communautés mais aussi ils ont détruit le tissus socioéconomique de Bunyakiri. Toutefois, certaines des victimes ont voulu être rassurées de la bonne foi des démobilisés à ne plus commettre le mal et à sensibiliser les autres à abandonner les GA. Quant aux membres des communautés présents au dialogue, ils ont loué d’une part la bravoure des démobilisés  d’avoir contribué à chasser les FDLR et d’autre part leur courage moral de demander pardon et de s’engager à ne plus retourner dans les GA. Ils ont souhaité que le pardon leur soit accordé. D’après certains participants, le pardon sollicité ne serait pas un encouragement de l’impunité mais plutôt une stratégie pour sensibiliser et persuader les réfractaires à rejoindre le  processus de construction d’une paix durable. En plus, les participants ont  fustigé la manipulation de tout bord des GA tout en souhaitant que les  manipulateurs cessent leur activisme et viennent également demander pardon à la population à l’exemple des démobilisés.  La confrontation des deux tendances aux différents points de vue a abouti à une convergence d’attitudes positives non seulement pour le pardon aux démobilisés mais aussi pour des engagements mutuels à œuvrer pour le retour de cohésion sociale et de la paix.
    
    
 

4. DES RESULTATS DU DIALOGUE 

Le processus de dialogue social a abouti aux résultats suivants : Récréer la culture de dialogue et de non-violence pour régler la problématique des démobilisés en particulier, et d’autres problèmes communautaires; le pardon collectif aux démobilisées; l’accueil communautaire des démobilisés.
Récréer la culture de dialogue et de  non-violence. Ce dialogue a été une occasion offerte aux victimes aux fins de s’exprimer   sur comment elles pensent faire la paix avec les bourreaux d’hier, pour restaurer la convivialité et la paix entre les membres de la communauté. Des témoignages émouvants et pleins d’émotions suivis des échanges à cœur ouvert et sans tabou ont caractérisé cette cérémonie où la communauté, à l’image de la parabole de l’enfant prodigue, à en croire  l’intervention du Curé de la paroisse catholique de Kando/Bunyakiri, « a accordé la miséricorde et pour tout dire le pardon à ses fils égarés ».
le pardon collectif aux démobilisés. Le pardon solennellement exprimé par les victimes ainsi que le  message de pardon  et  de réconfort adressés aux démobilisés par les BAMI de Buloho et de Kalima, est une preuve d’une résolution non violente d’un conflit et de la réconciliation. Un symbolisme traditionnel marqué par la remise des armes par les démobilisés, et l’échange des biens culturellement définis (houes, chèvres, cahiers, stylos, boissons, etc.) a permis de sceller ce nouvel élan de paix. 
l’accueil communautaire des démobilisés. L’accueil solennel  des démobilisés marque une volonté collective de réintégrer les démobilisés dans la communauté. Cet accueil est également un signe de réconciliation et de confiance sur lequel seront battues les initiatives de cohésion sociale et de relance socioéconomique de Bunyakiri. 
La cérémonie d’accueil dont l’importance n’est plus à démontrer, a été ponctué par différentes interventions aussi bien des représentants des victimes et des démobilisés, des autorités coutumières que  des différentes personnalités invitées pour la circonstance. S’agissant particulièrement de ces dernières, le Chef de Bureau  ad intérim de la MONUSCO a salué la tenue de cette activité, unique en son genre a-t-il dit. Il a également loué le courage  sans précédent de ces jeunes démobilisés qui viennent de revenir dans la communauté en demandant pardon. A cet effet, il leur a recommandé de parler désormais le langage de la convivialité et ne plus revenir dans les GA. Pour lui, Ces ex-combattants doivent être modèles dans la communauté. Il a conseillé aux membres de la communauté de ne plus  les considérer ou les regarder  comme combattants.Dans le même ordre d’idées, Madame Katharina a souligné à l’occasion de la cérémonie de dialogue que dans tout processus il y a toujours un début en rappelant certaines étapes importantes parcourues. Pour elle, l’activité de ce jour trouve son commencement dans la détermination qu’ont eu les démobilisés pour lesquels APC  menait un plaidoyer pour susciter certains partenaires à venir contribuer à la réduction des violences communautaires dues à l’activisme des GA nationaux qui prenaient de l’ampleur à Bunyakiri. Comme il s’agit de processus, Madame Katharina a démontré aux acteurs que le chemin est encore long et par conséquent, il ne faut pas que les acteurs croisent les bras. Pour l’Ambassadeur Suisse, touchée positivement par l’issue de ce dialogue, elle a remercié les uns et les autres pour leurs contributions dans ce processus de dialogue. Elle a réitéré le soutien et l’accompagnement de la Suisse non seulement pour le programme Tujenge Amani mais aussi au travers d’autres projets déjà en cours dans la province du Sud-Kivu.Prenant la parole, le vice-gouverneur de province, a recommandé le recours à l’arbre à palabre, le barza, comme outil de résolution des conflits. Il a pris acte de l’accueil solennel des démobilisés au sein de leurs communautés. Pour l’autorité provinciale, la réhabilitation des infrastructures sociales et routières doit interpeller plus d’un, et le plaidoyer doit être mené même par les partenaires présents pour que les communautés de Bunyakiri contribuent  au développement de la Nation.
    
  
   
 

 5. DIFFICULTES RENCONTREES

Les résultats engrangés au cours de ce dialogue ne sauraient occulter les difficultés rencontrées dans l’organisation et la mise en œuvre de ce processus notamment :
  • l’impraticabilité du tronçon routier Bukavu-Bunyakiri : Le mauvais état avancé de la route nationale n°3reliant Bunyakiri à la ville de Bukavu et à la Province du Nord-Kivu n’a pas facilité le déplacement aisé de différentes autorités et délégations invitées à ces cérémonies. C’est grâce au moyen aérien offert gracieusement par la MONUSCO que les autorités et autres officiels venus de Bukavu ont pu atteindre Bunyakiri ; tandis que les organisateurs ont dû utiliser des motos. A cause du mauvais état de la route plusieurs notables de Bunyakiri n’ont pas pu participer à ces cérémonies.
  • La situation sécuritaire précaire qui a créé une certaine peur chez certaines personnalités et délégations invitées. Cette peur a été dissipée par les mesures sécuritaires conséquentes et la détermination des invités et délégués à œuvrer pour la paix.

6. DES CONSTATS EMERGENTS ET RISQUES

De ce processus de dialogue, on peut relever quelques constats qui appellent aux planifications conséquentes pour une paix durable dans cette communauté : à savoir :
  1. Les manipulateurs continuent avoir de l’emprise sur certains membres des communautés et les leaders des groupes armés, ce qui  encourage les réfractaires au processus de pacification  de résister. 
  2. Le pardon accordé aux démobilisés risque d’être fragile dans le contexte où certains leaders des groupes armés sont réfractaires au processus.  ce qui influencerait certains démobilisas réintégrés  à retourner dans les GA, ou alors les assimiler à ceux qui continuent à commettre des exactions. 
  3. Les blessures intérieures (traumatismes) qu’ont connus tous les acteurs, même les officiers engagés dans les services de sécurité (PNC, FARDC), nécessitent une approche sociothérapie pour restaurer la confiance en soi-même et avec les autres acteurs en face dans le processus de consolidation de la paix. .
  4. La récurrence et recrudescence des cas de pillage, d’embuscade dont sont victimes  les opérateurs économiques et autres usagers de la route laissent planer l’ombre d’une collaboration entre les ex-combattants et ceux encore actifs dans la forêt ; toutefois, il faille réfléchir sur comment adresser une telle problématique en pareille zone. 
  5. 7. CONCLUSION ET PERSPECTIVES
Le pardon accordé aux démobilisés et leur accueil dans la communauté est l’aboutissement  de ce dialogue social qui, au-delà des émotions et des souvenirs violents dus aux exactions de tout genre, a pu mobiliser la communauté de Bunyakiri.  Ce dialogue a permis la réconciliation entre les parties en conflit et a suscité une volonté collective à contribuer au relèvement socioéconomique et à la stabilisation de Bunyakiri.
Cette étape était indispensable dans le processus de pacification et de consolidation de la paix en donnant l’opportunité aux démobilisés de demander solennellement pardon, de l’obtenir  et d’être accueillis dans leurs communautés.
C’est dans ce sens que Madame  l’Ambassadeur Suisse  en RDC, a su bien déclaré :« il  n’est pas  toujours facile de demander ni d’accorder le pardon, ceux  qui  viennent de réaliser, les communautés de Bunyakiri au travers ce dialogue social, dénote de l’impérieuse nécessité d’œuvrer tous azimuts pour la stabilisation et le redécollage de cette contrée ».
Ce dialogue constitue le premier jalon de réinsertion sociale des démobilisés qui  devrait etre soutenu par des initiatives nouvelles de concrétisation. Parmi les initiatives désirées, il y a le déploiement des démobilisés dans les actions de sensibilisation des GA au processus de paix ; création d’emplois par les activités agropastorales et la réhabilitation des infrastructures socioéconomiques (routes, écoles, hôpitaux, etc.).Le processus de stabilisation et de consolidation de la paix, tel que conduit à Bunyakiri est capital et peut être expérimenté  dans d’autres territoires de cet immense pays où les communautés ont vécu et continuent à subir pareilles situations des conflits.  Pour y parvenir, l’implication de plusieurs acteurs à tous les niveaux  ainsi que la mobilisation des partenaires sont  plus que nécessaires.
Fait à Bukavu, le 25 avril 2018
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